Les Vins Pirard, c’est un goût sûr et un nez fin, comme en témoigne la présence des champagnes Philipponnat dans leur assortiment depuis, pfiou, au moins tout ça de temps, comme l’aurait si bien dit notre ami Eric Boschman 😉 Et pour que les relations d’affaires durent, il faut souvent que les relations entre les hommes tiennent également la route, ce qui a permis à Simon Pirard de nous sortir de son chapeau, une superbe dégustation de champagne Philipponnat, en présence de Charles Philipponnat himself, un homme souriant, modeste et passionnant. J’ai kiffé grave !

Créée en 1522, la maison Philipponnat peut se targuer de posséder l’un des coteaux les plus emblématiques de la Champagne. Avec une pente à 45°, un seul vignoble planté, le Clos des Goisses est une exception! Mais aussi la plus belle carte de visite d’une gamme de vins créée par cette très belle maison champenoise dont Charles Philipponnat assure la destinée.

Goisse ?

Un « gois », une « goisse », est une colline à forte pente. La particularité c’est que le Clos de Goisses jouxte la maison et que l’on peut s’y rendre à pied… Sur ce coteau, il y a très peu de sol superficiel, on est tout de suite dans la craie, 14 parcelles et 5,4 hectares. Toutes ont leur petit nom. Au centre, il y a les arches de brique des Grands Cintres et des Petits Cintres… Il y a une autre parcelle qui fait beaucoup rigoler les Japonais, elle s’appelle Vingt-huit Verges – la verge étant une mesure de longueur et une verge carrée c’est à peu près 4 mètres carrés, soit ici 28 verges de surface”, sourit Charles PhilipponnatLe Clos des Goisses, “toujours millésimé depuis 1988”, donne 20.000 à 25.000 bouteilles par an. Une rareté, un cru exceptionnel qui traverse même les années les plus difficiles.

Le vignoble de Philipponnat s’étire sur 17 hectares dont les 5,5 hectares du Clos des Goisses. “Partout où le tracteur ou le cheval peuvent entrer, c’est ‘charruté’. Sur les plus fortes pentes, c’est désherbé à la main, on sarcle, un travail de jardinier ! L’esprit de nos choix agricoles se nourrit de nos vignobles anciens, qui sont l’exemple même d’une culture durable. Nous sommes ici dans des lieux où la vigne pousse depuis cinq ou six cents ans ! Si on ne s’inscrit pas dans le temps par des gestes respectueux, on consomme son terroir en l’abîmant”, ajoute Charles Philipponnat. “Nous faisons ici de l’écologie raisonnée, nous utilisons des préparations de la famille de la biodynamie ainsi que des huiles essentielles. On fait des mulchs de feuillus qui sont constituants d’humus. Travailler la vigne ne relève pas de la mystique (…) c’est du travail, des pratiques individuelles réfléchis, raisonnées, respectueuses de l’environnement dans l’acceptation des lois de la terre.”

5 siècles d’expérience

La famille Philipponnat fait du Champagne depuis la nuit des temps! Il faut remonter au XVIe siècle lorsque Apvril Le Philipponnat, un capitaine suisse du canton de Berne, débande lors de la « paix perpétuelle » pour se mettre au service du roi de France. En 1522, il s’installe à Aÿ où il reçoit une terre nommée « Le Léon » en récompense de ses loyaux services envers François 1er. Il épouse une Champenoise, Marie d’Ambonnay. Ses descendants développent le vignoble et la maison va connaître un véritable essor.  “Mon grand-père Auguste et son frère Pierre ont déménagé d’Aÿ en 1910 en pleine crise phylloxérique, le champagne allait très mal. Ils ont monté une petite maison. En 1935, ils ont acheté une portion du vignoble de Mareuil dont la plus grosse partie des Goisses – qui ne se sont appelés Clos des Goisses que plus tard, sur la suggestion de Raymond Baudoin, patron de la Revue de France”, commente Charles Philipponnat.

Le retour des Philipponnat

En 1997, la maison Philipponnat est absorbée  par le groupe Lanson-Boisel-Chanoine-Champagne, contrôlé par Bruno Paillard. C’est le retour des Philipponat lorsque Charles Philipponnat prend la présidence de la maison en février 2000 après avoir travaillé plusieurs années chez Moët et Chandon. “A mon arrivée, l’image de la maison était un peu brouillée, les vins élaborés entre 1985 et 1998 un peu lourds. J’ai voulu orienter le style des vins vers le pinot noir, le meunier a presque disparu des assemblages. Mon premier objectif a été de ramener de la fraîcheur. Notre identité est ancrée à Mareuil et dans le sud de la Montagne de Reims, c’est la matière première qui doit imposer le style. J’ai également confirmé l’abandon des tailles, orienté les vinifications vers plus de pureté et surtout l’absence d’oxydation”. Les champagnes millésimés comportent environ 50% de vins élevés sous bois. Ils sont élevés 6 mois en barriques, puis 6 mois en cuves. Les vins de réserve destinés aux vins non millésimés passent en foudres et demi-muids pendant 1 an.

C’est la tradition chez nous de conserver dans les fûts de chêne les vins de réserve. Nous les introduisons dans l’assemblage des non-millésimés à raison d’un quart à un tiers. Ce même assemblage enrichit ensuite le vin de réserve de l’assemblage suivant. Grâce à ce phénomène de dilution progressive, nous gardons la mémoire des millésimes depuis l’origine. Au-delà de nos 17,5 hectares, nous achetons des raisins de premiers crus et grands crus autour de nous, des jus de première presse, jamais de taille. Une partie est fermentée ou élevée en fûts avec vieillissement sous bois pour la complexité sans la lourdeur. Nos jus restent sur lies entre trois et onze ans. Dans le caveau du Trésor, les vieux millésimes sont ‘sur pointes’, dégorgés à la demande. Le style chez nous est fait d’intensité aromatique et de fraîcheur, ce sont les deux arcs-boutants qui portent la voûte, reflet intense du pinot noir, frais, le moins oxydatif possible, tendu vers l’élévation de la matière première, vinifié dans des bois plutôt jeunes, antioxydants où la malo ne se fait pas ou peu pour conserver le mordant de l’acide malique. Dosages légers, inchangés depuis dix-huit ans : 8,5 grammes, et 4,25 dans les millésimés pour éliminer une sensation acide sans avoir de perception sucrée.”

Les vins dégustés 

Champagne Philipponnat Royale Réserve Non Dosé
17/20 – Un assemblage dominé par le Pinot Noir (65% pinot noir, 30% chardonnay, 5% meunier). Racé et vif, parfait à l’apéro, ou les fruits de mer. Il ouvre l’appétit et détend l’atmosphère.

Champagne Philipponnat Blanc de Noirs 2012 Extra Brut
18/20 – Une robe resplendissante, jaune dorée, qui intrigue et donne envie d’y goûter. Des arômes de fruits mûrs, de pommes et de poires, suivis de quelques fines notes toastées, un peu de bois, le tout fin et délicat. Un délice !

Champagne Philipponnat 1522 Grand Cru 2008
19/20 – C’est un champagne qui rend hommage à l’année 1522 au cours de laquelle la famille Philipponnat s’est installée dans le village de Aÿ. Superbe robe, nez envoûtant de mirabelles, groseilles vertes, sureau, un léger toasté, très complexe et plein de finesse. Une grande élégance, mais surtout du plaisir 😉

Champagne Philipponnat Clos des Goisses 2009
18/20 – Boum ! Puissance, ampleur, profondeur, mais le tout sous contrôle. Une force de la nature joliment polie par le travail précis des hommes. Cette cuvée dynamique est un régal qui accompagnera tout un repas pour votre plus grand plaisir.

Pour se procurer ces splendides bouteilles, il suffit de faire un tour sur le site de vente en ligne de Vins Pirard ou dans l’une de leurs boutiques.