Les vignerons belges à Bordeaux, cela ne surprend plus personne, c’est une histoire qui roule. Mais les vignerons belges dans le Rhône, qui peut m’en citer de mémoire, sans tricher ni appeler Google à l’aide question de sauver la face dans une conversation entre experts du name dropping. Honnêtement, j’avais entendu parlé de Leplan-Vermeersch créé par le célèbre pilote automobile Dirk Vermeersch avec l’aide de sa fille Ann Vermeersch, et voilà tout. J’ai récemment découvert que les propriétés Domaine Constant-Duquesnoy, La banate ou Le Mas de Sainte Croix étaient le reflet du travail de vignerons belges passionnés et courageux, voire même un rien inconscients, qui se sont reconvertis dans ce noble métier. Et comme disent certains : “Je ne regrette pas ma reconversion mais si j’avais été conscient de la moitié des difficultés qui m’attendaient, je ne l’aurais pas fait“.  Et oui, être vigneron, ce n’est pas uniquement admirer ses vignes bien tenues et déguster sa dernière cuvée en bonne compagnie. Il faut également bosser, bosser et encore bosser.

Leplan-Vermeersch

Une première reconversion remarquable est celle du self made winemaker, Dirk Vermeersch qui peut compter sur le talent et la passion de sa fille Ann. Ils quittent la Belgique lorsqu’elle a 17 ans, alors que son père a déjà brillé comme pilote et comme concessionnaire officiel de Lancia et Maserati à Schilde, près d’Anvers.  En 1999, il parvient à vendre la concession à bon prix  et déniche rapidement une ruine dans le Midi de la France qu’il transforme en une très belle propriété de la région. Un troisième rêve s’accomplit : Dirk, sa charmante épouse Hélène et sa fille Ann y exploitent ensemble des chambres d’hôte en Provence.

Près de la ruine, une petite parcelle de vieux ceps de Carignan lui fait des clins d’œil. En tant que parfait autodidacte, Dirk se met à tailler et labourer d’une manière enthousiaste. En ni une, ni deux, Dirk devient viticulteur. Son premier LePlan GT-S-2003 obtient 2 étoiles dans le Guide des Vins Hachette et le fameux Wine Advocate Robert Parker attribue 95/100 points pour son LePlan GT-1 Châteauneuf-du-Pape 2006…

Pendant ce temps, sa fille Ann se rend à l’école d’œnologie locale dans la région de Châteauneuf-du-Pape pour y apprendre son métier. C’est là qu’elle rencontre son futur mari. Sébastien Barbara est un ancien joueur rugby, amateur de moto et musicien rock. En 2005, ils rejoignent tous deux la Maison LePlan-Vermeersch.

Domaine Constant-Duquesnoy

Encore une reconversion. Gérard Constant et son épouse Denise Duquesnoy, sont devenus vignerons après plus de 20 ans de passion du vin. Pour lui, c’était un vieux rêve qui se réalise. Pour se former? Un passage à l’Université du Vin de Suze-la-Rousse et des stages notamment en Bourgogne, et les conseils de l’ancien propriétaire des vignes. Il a également pris le temps de s’informer auprès de viticulteurs reconnus dans leur région respective : Alsace, Champagne, Bourgogne et Côtes du Rhône afin d’identifier les communes et appellations les plus prometteuses compte tenu de l’évolution du climat. En 2004, Gérard Constant et Denise Duquesnoy constituent leur Domaine par l’acquisition du vignoble vinsobrais du Domaine Les Aussellons qu’ils baptisent Domaine Constant-Duquesnoy. Le résultat? Des rouges en appellation Vinsobres et Côtes-du-Rhône-Villages déjà bien connu des consommateurs belges qui représentent un part importante du marché, le réseau personnel aidant.

La banate

Un passionné, encore un ! Jean T’Kint partage son temps entre Bruxelles et ses vignes, achetées en 2011, à faible distance du centre du village  de Rousset-les-Vignes. Il a craqué pour des vieilles vignes de Grenache et un peu de Syrah, et c’est son truc, pieds anciens, il aime cela plus que tout. En bio depuis 2011 avec une certification obtenue en 2014, il propose des vins à la personnalité attachante, une texture veloutée, de la douceur, du fruit mûr mais pas trop, des pointes d’épices et de garrigue, avec une fraîcheur appréciable en finale. Comme quoi on peut faire plusieurs carrières avec de beaux résultats à la clé.

Le Mas de Sainte Croix

Après une carrière dans l’industrie pétrochimique, Jacques Coipel, son épouse Cécile et leur fils Julien mettent le cap sur la vallée du Rhône pour reprendre Le Mas de Sainte Croix en 2002. Logés au creux des collines entre Valréas et Vinsobres, vers 400 m d’altitude, les 27 ha de vignes du domaine s’étagent sur des coteaux caillouteux, orientés plein sud. Quitter le Brabant Wallon pour le Rhône, ce n’est pas trop difficile ? Au contraire dit Julien. Je n’étais pas en phase avec la vie que me proposait la Belgique et j’ai rapidement trouvé mon bonheur en embrassant la carrière de vigneron, sur les traces de mon père. Les vins de la propriété se déclinent dans une jolie gamme de Côtes-du-Rhône, Côtes-du-Rhône-Villages et Côtes-du-Rhône-Villages Valréas, avec de noms savoureux comme délicatesse, friandise ou quintessence. A déguster dès que l’occasion se présente.

Petite note utile pour les amateurs, le domaine propose un gîte pour 5-6 personnes, avec piscine au milieu des vignes. Le plan parfait pour combiner farniente, sport, culture et dégustations de vins et produits locaux. A bon entendeur !