Il gèle à pierre fendre, la fin du monde est proche, ou du moins la fin du monde tel que nous le connaissons. Il fait -3°C en février, température tout ce qu’il y a de plus normal en hiver, et les médias n’ont plus qu’un mot à la plume : le vortex ! Heureusement pour nous, le valeureux Johnny Symington a bravé les éléments pour nous donner rendez-vous au Louise345, ce petit écrin paisible, où l’on savoure la cuisine de Isabelle Arpin. Un repas au porto Graham’s pour vaincre le vortex, je dis oui !

A table, les “usual suspects” comme dirait Faye Cardwell, dont une remarquable quantité de Marc (Vanel, Vanhellemont, Roisin), mais également Johnny Symington qui nous parle des portos Graham’s avec une passion sincère doublée d’une fierté légitime, aussi bien en Français qu’en Anglais, comme c’est souvent le cas lorsque l’on entre en contact avec le Portugal – beau signe d’ouverture d’entrée de jeu !

La famille Symington – car c’est bien d’une entreprise familiale qu’il s’agit – est la plus grande propriétaire du Douro, avec différentes propriétés, dont les portos Graham’s mis à l’honneur aujourd’hui, elle possède 1035 hectares répartis sur les meilleures terres de la région. A ce titre, ils s’investissent dans la préservation des ressources naturelles et dans le développement durable, ainsi que dans le maintien d’une certaine activité économique et sociale dans la vallée.

Mais ce qui m’intéresse dans les portos, et ceux de Graham’s aujourd’hui, c’est le rapport plaisir/prix remarquable offert par ces vins d’exception. Pour rappel, le porto est un vin muté, c’est-à-dire que la transformation du sucre en alcool est stoppée par adjonction d’eau-de-vie de vin.

En apéro, un porto blanc, l’extra dry white de Graham’s. Il est vinifié à base du cépage malvasia fina qui lui donne fraîcheur et notes d’agrumes. Pas mal, mais je ne suis pas vraiment fan. Je le prendrais plutôt en cocktail…

Parmi les Aged Tawny dont on trouve le 10 years old dans les rayons des Delhaize par exemple, le 20 years old est très séduisant, un réel plaisir à savourer, en prenant le temps, juste pour le plaisir. Un élevage d’une vingtaine d’année pour un résultat complexe, aux arômes de noix, de fruits secs, de fruits mûrs, d’orange, avec une équilibre et une fraîcheur remarquable. Très bien et vraiment délicieux pour accompagner les Saint-Jacques au foie gras et crème de topinambour proposées ce jour-là.

 

L’initiation au Vintage Port s’est fait avec le Graham’s 1963 Vintage Port, tout simplement. Un vin impressionnant par sa puissance maîtrisée, son équilibrée, sa complexité, les notes florales et la touche caramélisée. Surprenant en accompagnement d’un plat de viande, mais une expérience rare.

Le Graham’s Colheita 1994 avec une mousse de comté d’une extrême légèreté était tout simplement divin. Superbe expérience gustative. Sans doute pas par hasard que notre ami André Ribeirinho ne rate pas une occasion d’associer porto et fromage dans son inlassable travail d’évangélisation des amateurs de vin.

Pour rappel, au Portugal, le terme Colheita placé devant le millésime équivaut à cru ou récolte. Pour le porto, il s’agit donc d’un porto millésimé, mûri en fût et qui sera mis en bouteilles au plus tôt après sept années de mûrissement en tonneau. Ce type de porto est prêt à consommer au moment de sa mise sur le marché.

Avec le dessert au chocolat, une bombe de concentration, de saveurs mais également une affaire du point de vue du rapport plaisir/prix : le Graham’s Six Grapes. Ample et génreux, soyeux et délicat. Magnifique avec les desserts aux fruits rouges et/ou au chocolat, un peu moins avec la betterave à mon goût 😉

Et pour finir en beauté, totalement requinqué, prêt à affronter le vortex sur le chemin du retour, le Graham’s 1963 Colheita, que j’ai préféré  au vintage de la même année. Mais entre les deux, il n’y avait pas d’unanimité, preuve évidente que nous n’avons pas tous le même goût, et c’est heureux.