Un e-mail festif qui tombe : ce vendredi, méga fête chez un bon pote. Je suis libre, je me réjouis, je me prépare à confirmer d’un message court style “compte sur moi vieille branche” et puis je lis que ce sera un “cheese and wine” où chacun amène un fromage et une bouteille de vin. Oooh non, pas ça, pitié! J’irai, car l’ambiance sera top, mais ce sera encore un carnage gastro-oenlogique, j’en mets ma main à couper.

Je m’explique, en forçant un rien le trait, question qu’on se comprenne. Sur la superbe table sur laquelle chacun des 20 convives posera son fromage, on trouvera 8 fois la promo fromage du moment du Delhaize, 6 fois la promo du Carrefour, un paquet de gouda en tranches parce que Isabelle n’aime que ça, un peu de jambon parce Fred n’aime pas le fromage, et quelques trucs curieux, genre le Roquefort de Marc ou les fromages frais zéro pourcent de matière grasse des aspirantes anorexiques de la soirée.

Côté vin, vu que les copains radins espéraient s’en sortir avec un fromage en oubliant le vin mais qu’un texto des premiers arrivés les a rappelés à l’ordre, on aura d’office une vingtaine de bouteilles de rouge achetées en chemin au nightshop du coin. Là, on commence à bien visualiser la tronche du “cheese and wine” carnage, non? Et pour couronner le tout, l’hôte bienveillant aura préparé une petite salade verte assaisonnée d’un ras-de-marée de vinaigrette à la moutarde.

Ben dans ces cas-là, si t’as une bonne bouteille, tu la planques ou tu la bois vite fait sans toucher au fromage ou la salade. Pourquoi je dis ça? Parce que, contrairement aux habitudes, la majorité des vins rouges ne fonctionnent pas avec les fromages. C’est purement chimique, les molécules de fromage présentes en bouche réagissent avec le vin rouge (surtout s’il est tanique) et font ressortir son armertume, et même un côté ferreux. Pas vraiment bon. De son côté, la vinaigrette (à la moutarde ou pas), dézingue tous les vins sans leur donner la moindre chance de s’expliquer. Si vous tenez absolument à la salade, un petit truc que je tiens de mon ami Eric Boschman : tentez une vinaigrette à base de citron (pas de vinaigre donc) et cherchez un vin sur les agrumes, la fraîcheur, par exemple à base de Sauvignon.

Pour accorder les fromages et les vins, ce qui est souvent divin, il y a quelques trucs et astuces qui donnent de bons résultats. Tout d’abord, privilégions les vins blancs. Ensuite, essayons de former des couples fromage-vin, quitte à ne proposer qu’une seule association, mais réussie. Pour cela, on peut s’inspirer de quelques grands classiques qui fontionnent à merveilles. Chèvre et Sauvignon, Roquefort et Sauternes, Porto et Stilton, Comté et Vin Jaune (ou à base de Savagnin du Jura), Camembert et Cidre,… et si vous tenez absolument à boire du vin rouge, tentez de la vieille mimolette avec un rouge sur le fruit. Dans cet esprit, on a vite compris que l’on pouvait accorder un fromage avec un vin, mais que – comme le dit très bien l’excellent Gérard Garroy – « Pour un plateau de fromages, il faut un plateau de vins ! ».